—Seigneur, prince Nikita! dit-il à la fin, accorde-moi une grande faveur.
Il était à genoux et saluait profondément Sérébrany.
—Nous, seigneur prince, continua-t-il avec une humilité dérisoire, nous, vis-à-vis de ton excellence, nous sommes de petites gens; nous n'avons jamais, de nos propres mains, tranché la tête, jamais torturé d'aussi grands boyards que toi; au moment de le faire, il nous vient une crainte. On dit que ce n'est pas le même sang qui coule dans nos veines…
Maliouta s'arrêta et son sourire devint encore plus infernal, ses yeux grandirent encore, ses pupilles se contractèrent plus souvent.
—Permets, seigneur prince, fit-il en donnant à sa voix une expression suppliante,—permets-moi, avant de te torturer, d'examiner ton sang de boyard.
Il sortit un couteau de sa ceinture et s'avança sur les genoux vers Sérébrany.
Le prince fit un soubresaut en arrière et jeta un regard sur Godounof.
Le visage de Boris était impassible.
—Ensuite, continua-t-il en élevant la voix, ensuite tu me permettras à moi, misérable vilain, de découper une lanière dans ton dos princier, de faire avec ta peau de boyard une selle à mon cheval, puis ton humble esclave donnera ta chair sacrée à manger à ses chiens.
La voix de Maliouta, ordinairement grossière, ressemblait maintenant au hurlement du chacal, à quelque chose d'indéfinissable entre le rire et le gémissement.