Les cheveux de Sérébrany se hérissèrent. Lorsque Ivan l'avait condamné la première fois, il avait monté d'un pas ferme l'échafaud; mais ici, dans un cachot, enchaîné, affaibli par la faim, il n'eut pas la force de supporter cette voix et ce regard.
Pendant quelques moments, Maliouta se rassasia de l'épouvante qu'il avait causée.
—Seigneur prince, hurla-t-il tout à coup en rejetant son couteau et en se relevant, avant tout permets-moi de te payer ma dette!
Et, les dents serrées, il leva la main sur Sérébrany.
Le sang du prince reflua vers son cœur; à son indignation se mêla ce sentiment de dégoût que produit le voisinage d'une bête venimeuse qui nous menace de son contact. Il jeta un regard désespéré sur Godounof.
La main levée de Maliouta s'arrêta en l'air sous l'étreinte de Boris.
—Grégoire Skouratof, dit Godounof sans perdre son flegme, si tu le frappes, il se brisera la tête contre la muraille et nous n'en pourrons rien obtenir. Je connais ce Sérébrany.
—Lâche-moi! hurla Maliouta; ne m'empêche pas de me venger! ne m'empêche pas de prendre ma revanche de la mare maudite.
—Penses-y, Skouratof! nous répondons de lui devant le Tzar.
Et Godounof s'empara de l'autre main de Maliouta.