—Je connais bien aussi le rond-point du pope.

—Et au rond-point du pope te souviens-tu d'un vieux chêne?

—Je me souviens du chêne, seulement il n'y est plus, on l'a coupé.

—On a coupé le chêne mais on a laissé la souche.

—A quoi tout cela mène-t-il?

—Eh bien! voilà à quoi. Je ne reverrai plus jamais le Volga, mais pour toi, il peut se faire que tu retournes au pays. Lorsque tu reverras le Volga, va au rond-point du pope; cherche la souche du vieux chêne; de cette souche compte la moitié de quatre-vingt-dix pas, vers le couchant, creuse la terre. Là, continua Korchoun en baissant la voix, j'ai naguère enfoui un riche trésor. Il y a là pas mal de ducats d'or et de roubles en argent. Tout ce que tu découvriras sera à toi. Je ne puis emporter de trésor avec moi dans l'autre monde. Lorsque je songe, la nuit, à ce que je devrai y répondre pour ce que j'ai fait dans celui-ci, le frisson m'écorche la peau. Quand je n'y serai plus, Ataman, fais chanter une panikhide[17] pour moi. Paie largement le pope; qu'il officie comme il convient, sans rien omettre. Tu sais qu'on me nomme Émilien. Ce sont les hommes qui m'ont appelé Korchoun, mais j'ai été baptisé sous le nom d'Émilien. Que le pope prie donc pour le défunt Émilien, et toi, paie-le bien, n'épargne pas l'argent, Ataman; je te lègue un riche trésor, tu en auras assez pour toute ta vie.

[17] Prière pour les défunts.

Des fauconniers, débouchant au galop, interrompirent Korchoun.

—Eh! hommes de Dieu, cria l'un d'eux, dites, où a volé le gerfaut?

—Je voudrais bien vous le dire, mes chéris, répondit Persten, mais voilà quarante ans que mes yeux sont voilés.