Les deux brigands demeurèrent silencieux. Soudain un bruit d'ailes se fit entendre sur leurs têtes et un vautour fauve vint tomber aux pieds du vieillard. Au même moment, Adragan fendit l'air et poursuivit son vol, sans daigner descendre sur sa nouvelle victime.
Mitka fit un signe; des fauconniers se montraient au loin.
—Grand-père, dit précipitamment Persten, oubliez le passé; nous ne sommes plus des brigands, mais des conteurs aveugles. Voici les gens du Tzar qui galopent et nous auront tout de suite atteints. Reprends vivement ton rôle et conte leur quelques fariboles.
Le vieux brigand hocha la tête.
—Il n'y a pas à lutter, dit-il, en montrant le vautour expirant. C'est moi que le blanc gerfaut a égorgé. Regarde, on ne le voit déjà plus; il a donné son coup de bec et a disparu.
Persten le regarda fixement et se gratta la nuque avec humeur.
—Écoute, grand-père, lui dit-il, Dieu sait ce qui te passe aujourd'hui par la tête. Je ne veux pas te contraindre. On dit que le cœur est un devin. Peut-être ton cœur ne pressent-il pas en vain un malheur. Reste, j'irai seul à la Sloboda.
—Non, répondit Korchoun, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Si c'est ma destinée de porter ma tête à la Sloboda, il n'y a pas à y résister. Sans doute, c'est écrit. Mais voici dans quel but je me suis ouvert à toi. Connais-tu, Ataman, sur le Volga, le village de Bogoriditzkoe?
—Comment ne pas le connaître?
—Et dans ses environs, à cinq verstes, l'endroit que l'on appelle le rond-point du pope?