Lorsque les brigands s'en approchèrent, l'un d'eux, tout rougeaud, coiffé d'un chapeau orné de plumes de paon, se penche à l'oreille de Persten, et lui glisse tout bas, sans discontinuer ses accords:—Voilà cinq jours que ton frère est en prison. J'ai été aux informations; c'est demain qu'est l'exécution. Il est enfermé dans la grande prison, vis-à-vis la maison de Maliouta. De quel côté lâcher le coq[18]?
[18] C'est-à-dire allumer l'incendie, expression populaire encore en usage.
—De ce côté, répondit Persten, en désignant, d'un clignement d'yeux, le côté opposé à la prison.
Le chanteur roux pinça, avec un redoublement d'énergie, les cordes de sa balalaïka et, se détournant de Persten comme s'il ne lui avait pas parlé, il continua aigrement:
Comme chez notre voisin
Était joyeux le festin!
CHAPITRE XXI
LE CONTE.
Fatigué de la chasse, Ivan se retira plus tôt que d'habitude dans sa chambre à coucher. Maliouta ne tarda pas à l'y suivre avec les clefs de la prison.
Aux questions du Tzar, il répondit qu'il n'y avait rien de nouveau, que Sérébrany avait avoué qu'il s'était mis du côté de Morozof, avait tué sept opritchniks et fendu la tête de Viazemski.
—Mais, ajouta Maliouta, il ne convient pas d'avoir comploté contre toi et de s'obstiner également à justifier Morozof. Après les matines, nous lui ferons subir la plus effroyable question; si la torture ni le feu ne lui arrachent rien sur le compte de Morozof, il n'y a plus à attendre et on pourra en finir avec lui.