Korchoun regarda Ivan sans frayeur.

—Tzar Orthodoxe! j'ai été jeune, je chantais une chanson dans laquelle le Tzar demandait à un aventurier avec qui il dévalisait. Et l'aventurier lui répondit: mon premier compagnon est la nuit noire, mon second…

—Assez! interrompit Maliouta. Nous verrons ce que tu chanteras quand on commencera à t'écarteler et à te hisser sur la chèvre. Mais, ajouta-t-il en examinant Korchoun, j'ai déjà vu quelque part cette tête de taureau!

Korchoun sourit et gratifia Maliouta d'un salut.

—Nous nous sommes déjà vus en effet, Maliouta Skouratof, et c'était, si tu t'en souviens, à la mare du diable…

Maliouta ne le laissa pas achever.

—Khomiak, dit-il en se tournant vers son écuyer, emmène ce vieillard, cause avec lui, engage-le à te raconter pourquoi il s'est introduit auprès de Sa Majesté. Je viendrai tout de suite moi-même dans la chambre du supplice.

—Allons, vieux, dit Khomiak, saisissant Korchoun par le collet, à nous deux! nous causerons gentiment.

—Arrête, dit Ivan! Soigne, Maliouta, ce vieillard; il ne faut pas qu'il succombe dans la question. Je lui ménagerai un supplice exemplaire, nouveau, inimaginable, un supplice tel que tu en seras toi-même surpris, père sacristain.

—Remercie donc le Tzar, chien! dit Maliouta à Korchoun en le poussant, de ce qu'il te laisse encore vivre un peu. Cette nuit, nous te disloquerons seulement les os.