—Qui es-tu? dit Sérébrany, je ne connais pas ta voix.

—Il n'y a là rien de surprenant, boyard; tu as autre chose à faire que de te souvenir de moi. Mais lève-toi, nous ne pouvons pas lambiner.

Sérébrany ne répondit pas. Il crut que Persten était un des bourreaux de Maliouta et il prit ces mots pour un sarcasme.

—Tu n'ajoutes donc pas foi en moi, prince, poursuivit l'ataman avec impatience. Il faut donc que je te rappelle Medvedevka et la mare au diable; je suis Vanioukha Persten!

La joie dégonfla la poitrine de Sérébrany. Son cœur battit à l'idée de la liberté et de la vie. Les forêts, les bois, de nouveaux champs de victoire, la douce image d'Hélène apparurent à son imagination. Il s'était relevé vivement, il était déjà prêt à suivre Persten, lorsque tout-à-coup il se souvint du serment donné au Tzar et son sang remonta au cœur.

—Je ne puis pas, dit-il, je ne puis te suivre. J'ai promis au Tzar de ne pas me soustraire à sa volonté et de me soumettre en tout lieu à son arrêt.

—Prince, dit Persten surpris, je n'ai pas le temps de discuter avec toi. Mes gens attendent, chaque seconde peut nous coûter la vie. Demain, tu dois mourir, il est encore temps, lève-toi et suis-nous!

—Je ne puis pas, répondit tristement Sérébrany, j'ai confirmé ma parole en baisant la croix.

—Boyard, s'écria Persten avec une voix changée par la colère, te moques-tu donc de moi? Pour toi, j'ai mis le feu à la Sloboda; pour toi, j'ai sacrifié mon meilleur homme; pour toi, nous allons peut-être tous perdre nos têtes et tu veux rester? Serions-nous venus ici en vain? Nous regardes-tu donc comme des saltimbanques? Je voudrais bien voir qui que ce soit se moquer de moi! Pour la dernière fois: viens-tu ou non?

—Non! répondit résolument Nikita Romanovitch, et il se recoucha sur la terre humide.