—C'est qu'ils sont grands amis, vois comme ils sont encore maintenant à causer ensemble! Ne parle pas mal du prince, et fasse Dieu que l'ataman ne t'entende!

—Quand il l'entendrait! Je lui dirais en face qu'il n'est pas un ataman. C'était Korchoun qui était un vrai ataman. Il faisait à Persten l'effet d'une taie sur l'œil et c'est pour cela qu'il a profité de la première circonstance pour s'en débarrasser.

—Eh quoi! mes enfants, il serait réellement possible qu'il eût livré exprès Korchoun?

Un sourd murmure courut parmi les brigands.

—Il l'a livré avec intention, dirent le plus grand nombre.

—Et qu'est-ce que c'est que ce prince? dit l'un d'eux. Pourquoi le retient-on? L'ataman compte-t-il sur sa rançon?

—Il ne s'agit pas de rançon, répondit le chantre aux cheveux rouges. Le prince a mécontenté le Tzar, le Tzar voulait le faire mourir; le prince est venu se réfugier chez nous; il propose de nous conduire à la Sloboda, il sait où y est caché le trésor. Nous égorgerons, dit-il, tous les opritchniks et nous partagerons le trésor.

—Ah! c'est comme cela! mais alors pourquoi ne nous y conduit-il pas? Voilà trois jours que nous restons ici à ne rien faire.

—Il ne nous conduit pas parce que l'ataman est une vieille femme.

—Non, ne dis pas cela, Persten n'est pas une vieille femme.