—Prince, dit Persten, qui chevauchait également à côté de Sérébrany, je te regardai et pensai: Quel dommage que l'ami que j'ai laissé sur le Volga ne soit pas ici! Quoique ce soit un triste individu comme moi, tu l'aurais aimé et il se serait attaché à toi. Soit dit sans t'offenser, vous êtes de la même trempe. Lorsque tu as parlé de la sainte Russie, et que tes yeux brillaient, je me suis souvenu d'Iermak. Il aime son pays, il l'aime vigoureusement, quelqu'aventurier qu'il soit. Plus d'une fois il m'a dit qu'il avait conscience de vivre inutilement, qu'il voudrait rendre quelque service à son pays. Ah! si nous l'avions ici contre les Tatars! A lui seul il en vaut cent. Lorsqu'il crie: à moi, mes enfants! il semble qu'on est plus grand, plus fort, que rien ne peut plus vous arrêter et que tout doit disparaître devant vous.

Tu lui ressembles, Nikita Romanovitch, et ce n'est pas une insulte de te le dire.

Persten s'enfonça dans ses réflexions. Sérébrany s'avançait avec précaution, cherchant à percer l'obscurité; Maxime se taisait. Les pas des brigands retentissaient sourdement sur la route; une nuit étoilée couvrait silencieusement la terre endormie. La troupe marcha longtemps dans la direction indiquée par le Tatar, traîné entre les sabres de Khlopko et de Fedka.

Tout à coup on entendit des sons étranges, mais réguliers. Ce n'était ni des voix humaines, ni le cor ou le tympanon, mais quelque chose comme le bruit du vent à travers les roseaux, si les roseaux pouvaient vibrer comme une lame de verre ou des cordes d'une harpe.

—Qu'est-ce? demanda Sérébrany, en arrêtant son cheval.

Persten ôta son bonnet et inclina la tête jusqu'au pommeau de sa selle. Attends, prince, laisse écouter.

Les sons arrivaient en cadence, ressemblant tantôt à des vagues argentines, tantôt aux bruits des feuilles d'une forêt et tout à coup ils cessèrent.

—C'est fini, dit Persten en riant. Quelle poitrine! Voilà une demi-heure que cela dure.

—C'est la tchébouzga, répondit Persten. C'est ce qui leur tient lieu de cors. Ce doivent être des Bachkirs. Le Khan traîne avec lui des habitants de Kazan, d'Astrakhan et de partout. Écoutez, les voilà qui recommencent.

En effet, on entendit dans le lointain comme un nouveau coup de vent qui se transforma en une traînante mélodie et se termina au bout de quelque temps en un hennissement de cheval.