Dès l'aube, Persten réveilla sa troupe. Mes enfants, leur dit-il, lorsqu'ils furent réunis autour de Sérébrany, le moment est venu de nous séparer. Adieu, je retourne au Volga; ne m'oubliez pas et ne me conservez pas rancune en ce que j'ai pu manquer.—Et Persten s'inclina jusqu'à la ceinture devant l'assistance.

—Ataman, dit d'une voix la bande, ne nous abandonne pas, où irons-nous sans toi?

—Suivez le prince, mes enfants. Par votre action d'hier vous avez effacé vos fautes; vous pouvez redevenir ce que vous étiez et le prince ne vous abandonnera pas.

—Mes braves, dit Sérébrany, j'ai donné parole au Tzar que je n'éviterai pas son jugement. Vous savez que ce n'est pas de mon gré que j'ai quitté la prison. Je dois maintenant tenir ma parole, présenter ma tête au Tzar. Voulez-vous venir avec moi?

—Nous pardonnera-t-il? demandèrent les brigands.

—Cela dépend de la volonté divine; je ne veux pas vous tromper. Peut-être pardonnera-t-il et peut-être non. Réfléchissez, causez-en ensemble et dites-moi quel est celui qui reste et quel est celui qui vient.

Les brigands s'entre-regardèrent, s'écartèrent et se mirent à délibérer à demi-voix. Au bout de quelque temps, ils revinrent auprès du prince.

—Nous te suivrons, si l'ataman vient avec nous.

—Non, mes enfants, dit Persten, ne l'exigez pas de moi. Quand même vous ne suivriez pas le prince, notre route est différente. Je me suis assez amusé ici, il est temps de rentrer chez soi. Puis nous nous sommes un peu querellés et, lorsqu'une corde est cassée, on a beau en joindre les bouts, il reste toujours un nœud. Suivez le prince, mes enfants, ou élisez un nouvel ataman, mais écoutez-moi plutôt et allez avec le prince: je ne puis croire, après notre exploit d'hier, que le Tzar ne pardonne pas et lui et vous.

Les brigands se concertèrent de nouveau et, après une courte délibération, se partagèrent en deux groupes. Le plus considérable aborda Sérébrany: