—Eh bien, on me pendra! répondit tranquillement Mitka.
—A la bonne heure, mon garçon; j'aime cela. Prends vite congé des camarades et en route!
La figure endormie de Mitka ne s'anima pas, mais il s'approcha aussitôt, d'un air gauche, de ses camarades et, de gré ou de force, il leur donna à chacun une triple accolade, saisissant l'un par les épaules, l'autre par la tête.
—Ataman, dit Sérébrany, il paraît que nous allons suivre le même chemin?
—Non, boyard, là où je passerai, tu ne pourrais le faire. Je serai à la Sloboda avant toi, et, si nous nous y rencontrons, ne fais pas semblant de me reconnaître; du reste, nous ne nous y rencontrerons pas; j'en repartirai avant ton arrivée, je n'ai que peu de chose à y terminer.
Sérébrany devina que Persten avait caché quelque chose dans les environs de la Sloboda et n'insista pas.
Bientôt, les deux détachements prirent deux directions opposées. Le plus considérable s'avançait derrière Sérébrany le long de la petite rivière, par une verte prairie qui gardait encore les traces du combat de la veille; Bouian le suivait, tête et queue baissées: souvent il s'approchait du prince, faisait entendre un gémissement lugubre, se retournait à chaque instant vers la tombe encore fraîche de son maître, jusqu'à ce que des joncs élevés achevèrent de la cacher à ses yeux.
L'autre moins nombreux suivait Khlopko. Persten prit une troisième direction, suivi par Mitka, marchant sans se presser et en balançant son corps.
Le steppe redevint désert et silencieux, comme si le bruit du combat ne l'avait pas soulevé la veille. Çà et là paissait un cheval tatar et quelques débris d'armures reluisaient dans l'herbe calcinée. Mais les alouettes chantaient comme auparavant sur les rives fleuries de la petite rivière en s'élançant vers l'azur, les oiseaux gazouillaient en voltigeant dans les roseaux ou perchés sur les flèches enfoncées dans la terre qui se dressaient dans la plaine verdoyante et au milieu des fleuves du marécage, comme si elles eussent été elles-mêmes des produits indigènes.