Huit jours après la défaite des Tatars, le Tzar recevait dans sa chambre à coucher Basmanof, revenant de Rézan. Le Tzar connaissait déjà les détails de cette affaire, mais Basmanof croyait être le premier à l'en informer. Il espérait s'attribuer tout l'honneur de la victoire, profiter de l'impression que son récit ferait sur le Tzar, pour rentrer dans sa faveur. Ivan Vasiliévitch l'écoutait attentivement, égrenant son chapelet, s'amusant avec la bague de diamant qui ne quittait pas son doigt, mais lorsque Basmanof, ayant terminé son rapport, secoua ses boucles et dit d'un air suffisant: «Eh bien, sire, nous avons, ce semble, bien travaillé pour toi!»
Ivan leva les yeux et sourit.—Rien ne nous a coûté, continua Basmanof, ne te refuse donc plus, sire, à récompenser ton serviteur.
—Et que voudrais-tu, Fédia? demanda Ivan, en prenant un air de bonhomie.
—Fais-moi du moins okolnitchi, afin que le monde ne m'insulte plus.
Ivan le regarda fixement.
—Et comment récompenserai-je Sérébrany? demanda-t-il subitement.
—Le rebelle? répondit Basmanof en masquant son trouble par son impudence habituelle, mais par la potence! Ne s'est-il pas échappé de prison et n'a-t-il pas failli tout compromettre avec ses bandits? S'il n'avait pas donné l'éveil aux Tatars, nous les aurions tous enveloppés comme des alouettes dans un filet.
—Est-ce bien vrai? je crois, au contraire, que sans lui les Tatars t'auraient parfaitement pris et garrotté, comme tu dois y être habitué.
—Je ne suis habitué qu'à souffrir pour toi, répondit insolemment Basmanof, et ne le suis pas à m'en entendre remercier. Godounof, Maliouta, Viazemski ne te servent pas comme moi, et cependant tu ne leur refuses aucune grâce.
—Assurément ils ne me servent pas comme toi. Comment pourraient-ils lutter avec toi dans la danse?