—Sire, répondit Basmanof perdant patience, si je te suis désagréable, congédie-moi tout-à-fait.

Basmanof s'imaginait qu'Ivan allait le retenir, mais les absences qu'il avait faites, avaient nui à son influence: Ivan avait eu le temps de se déshabituer de lui, et les autres favoris, surtout Maliouta, froissés par l'arrogance de Basmanof, en avaient profité pour le perdre dans l'esprit du Tzar. Basmanof avait calculé à faux; son dépit ne faisait qu'amuser le Tzar.

—Qu'il en soit ainsi, dit-il avec une feinte tristesse, je m'ennuierai bien sans toi, les affaires de l'État en souffriront sans doute, mais enfin je ne saurais te retenir et tâcherai de m'en tirer comme je pourrai. Pars, Fédia, pour les quatre coins du monde. Je ne veux pas te violenter.

Basmanof ne put dissimuler davantage. Gâté par ses précédentes relations avec Ivan, il laissa éclater sa fureur.

—Merci, sire, dit-il, merci de ton hospitalité, merci de chasser ton serviteur comme un vieux chien. Je raconterai tes gracieusetés, ajouta-t-il imprudemment, dans toute la Russie. Que d'autres te servent comme t'a servi Fédia! J'ai commis bien des péchés à ton service, hormis un seul, celui de la sorcellerie.

Ivan Vasiliévitch continuait à sourire, mais à ce dernier mot son visage changea.

—La sorcellerie, demanda-t-il avec une surprise prête à se changer en colère, mais qui est-ce qui ici a recours à la sorcellerie?

—Mais ton Viazemski, répondit Basmanof, en soutenant le regard du Tzar. Oui, continua-t-il sans se troubler par l'expression menaçante d'Ivan, tu es seul, paraît-il, à ignorer que lorsqu'il va à Moscou, il va, la nuit, dans la forêt faire des sortiléges au moulin et, s'il en fait, ce n'est évidemment qu'au détriment de ta majesté.

—Mais comment le sais-tu? demanda le Tzar en plongeant sur Basmanof un regard scrutateur.

Cette fois Basmanof eut peur.