—Voici, dit le prince, en tirant un lourd sabre du fourreau, ensorcelle-moi cela!
Le meunier rassembla ses forces, puis creusa avec ses mains une fosse et y enfonça la poignée du sabre. Après avoir réuni de la terre à l'entour, de sorte que le sabre fut placé verticalement, il se mit à marcher en rond, en récitant à demi-voix: Le soleil s'est levé sur la mer de Khvaline, la lune éclaire la grande ville en pierres, c'est dans cette grande ville en pierres que ma mère m'a donné le jour et, en me mettant au jour, elle m'a dit: sois invulnérable, mon enfant, aux flèches et aux glaives, aux lutteurs et aux guerriers. Ma mère m'a ceint d'un glaive enchanté. Tourne et siffle, mon glaive enchanté; tourne et siffle comme tourne la meule du moulin; brise et coupe cuivre, fer, acier, hache, chair et os. Que les coups rebondissent sur toi comme le caillou rebondit sur l'eau et que tu n'en reçoives pas la moindre écorchure! J'ensorcelle le serviteur Athanase, je le ceins du glaive enchanté. Je n'ai plus rien à ajouter, mon œuvre est achevée.
Il retira le sabre, le présenta au prince, en secouant la terre qui couvrait la poignée et en l'essuyant soigneusement avec le pan de son habit:
—Prends-le, dit-il, prince Athanase Ivanovitch, il te servira, pourvu que ton adversaire n'ait pas plongé le sien dans l'eau sainte.
—Et s'il l'a plongé?
—Il n'y a rien à faire. Il n'y a pas de fer enchanté qui tienne contre l'eau sainte. Cependant, on peut atténuer son effet. Je te donnerai de l'herbe bleue du marais, porte-la dans un petit sac à ton cou, cela détournera de toi les yeux de ton ennemi.
—Donne l'herbe bleue, dit Viazemski.
—Volontiers, je n'ai rien à refuser à ta grâce.
Le vieillard entra dans sa hutte et en rapporta quelque chose de cousu dans un chiffon.
—Elle me coûte cher cette herbe, dit-il en faisant mine de n'abandonner qu'à regret ce chiffon; si tu savais comme il est difficile d'en cueillir! En allant la chercher au marais, aux heures sombres, on est accablé d'inexprimables terreurs.