Michée se mordit la langue.
—Quels gens sont-ce donc? demanda Ivan en cherchant à donner à ses traits une expression bienveillante, parle sans crainte, vieillard, quels gens sont mes opritchniks?
Michée regarda le Tzar et se rassura.
—Mais des gens comme nous n'en avons jamais vus avant la campagne de Lithuanie. Sire, dit-il tout-à-coup entièrement rassuré par l'expression bienveillante du Tzar, soit dit sans les offenser, ce sont des gens peu sûrs.
Le Tzar regarda attentivement Michée, n'en revenant pas de rencontrer autant de franchise chez l'écuyer que chez le maître.
—Qu'as-tu donc à le regarder avec des yeux qui sortent de leur orbite? dit la nourrice. Voudrais-tu, par hasard, le dévorer? Ne dit-il pas la vérité? A-t-on jamais vu auparavant en Russie de pareils bandits?
Michée se réjouit de cet auxiliaire.—Oui, ma bonne femme, dit-il, c'est d'eux que provient tout le mal. Ce sont eux qui ont calomnié mon maître. Ne les crois pas, Sire, ne les crois pas. Ils ont des têtes de chiens sur leur armure et ils aboyent comme des chiens. Mon maître t'a fidèlement servi; Viazemski et Khomiak l'ont calomnié. Cette brave femme dit la pure vérité: jamais on n'a vu de pareils vauriens en Russie!
Et, jetant un coup d'œil sur les opritchniks qui l'entouraient, il se rapprocha de Sérébrany en murmurant: Vous avez beau être des loups, vous ne m'avalerez pas maintenant.
En apparaissant sur le perron, le Tzar s'était déjà décidé à gracier les brigands; il voulait seulement les laisser un moment dans l'incertitude. Les observations de la nourrice étaient venues mal à propos et avaient failli l'agacer, mais par bonheur il était en humeur libérale; il eut l'idée de se moquer d'Onouvriéfna, de l'abaisser vis-à-vis des courtisans tout en jouant un mauvais tour à l'écuyer de Sérébrany.—Tu n'aimes donc pas les opritchniks? lui dit-il d'un air bienveillant.
—Qui est-ce qui peut les aimer? Depuis le jour de notre retour de Lithuanie ils n'ont causé qu'une série d'infortunes à mon maître. Si ces maudits vauriens n'existaient pas, mon maître aurait continué à jouir de ta faveur.