—A force de vivre ensemble, vous finirez par vous aimer: je lui constituerai une belle dot.
Michée considéra avec terreur la vieille nourrice que le Tzar retenait toujours par sa houppelande.
—Seigneur Tzar, s'écria-t-il tout-à-coup en tombant à genoux, fais-moi supplicier, mais ne m'impose pas une pareille honte! Plutôt le billot que ce mariage!
Pendant quelque temps, Ivan se tut, puis il partit d'un éclat de rire prolongé. Il lâcha la nourrice, qui s'empressa de fuir en débitant des injures et en crachant de tous les côtés.
—Que voulez-vous, dit enfin le Tzar, j'ai pensé faire votre bonheur à tous deux, mais je ne prétends pas vous marier malgré vous. Continue, comme par le passé, à servir ton maître. Et toi, Nikita, approche ici. Je te pardonne ta seconde faute comme je t'ai remis la première. Quant à ces déguenillés, je n'en ferai pas des opritchniks; ceux-ci pourraient s'en formaliser. Qu'ils aillent à Jizdra s'incorporer dans les troupes de frontières. Puisqu'ils sont amateurs de Tatars, ils en trouveront là. Pour toi, continua le Tzar, d'un ton singulièrement bienveillant, sans aucune teinte d'ironie et en posant sa main sur l'épaule de Sérébrany, reste auprès de moi; je te réconcilierai avec les opritchniks. Lorsque tu nous connaîtras mieux, tu cesseras de nous fuir. C'est une bonne chose que de battre les Tatars, mais j'ai des ennemis pires qu'eux. C'est ceux-ci qu'il faut que tu t'habitues à mordre et à balayer.
Et le Tzar frappa familièrement sur l'épaule de Sérébrany.
—Nikita, ajouta-t-il avec bienveillance et en tenant toujours sa main sur l'épaule du prince, ton cœur est droit, ton langage est franc: j'ai besoin de serviteurs comme toi. Inscris-toi dans les opritchniks, je te donnerai le poste qu'occupait Viazemski. J'ai foi en toi, tu ne me trahiras pas.
Tous les opritchniks regardèrent Sérébrany avec jalousie; ils voyaient en lui un nouvel astre levant; ceux qui se tenaient un peu loin du Tzar commençaient déjà à chuchoter, à témoigner leur mécontentement de ce que le Tzar, sans faire attention à leurs services, mettait au-dessus d'eux un disgracié, un boyard de vieille roche, un descendant d'une antique race princière.
Mais le cœur de Sérébrany était serré par les paroles d'Ivan. Faisant un violent effort sur lui, il lui dit: Sire, je te remercie de ta faveur, mais permets-moi aussi de rejoindre les troupes des frontières. Je n'ai rien à faire ici, je ne suis pas fait aux mœurs de la Sloboda, tandis que là je puis te servir avec fruit.
—Ah! dit Ivan en retirant sa main de l'épaule de Sérébrany, cela signifie que nous ne convenons pas à son Excellence. Il est apparemment plus honorable de rester avec des voleurs que d'être le capitaine de mes gardes! Eh bien! continua-t-il ironiquement, je ne force l'amitié de personne et ne veux retenir personne malgré lui. Puisque vous vous êtes habitués les uns aux autres, servez ensemble. Bon voyage, ataman de Brigands!