En entendant le pas d'un cheval, Michée se redressa vivement.—C'est toi, mon seigneur, s'écria-t-il en reconnaissant son maître, ne va pas plus loin, retourne sur tes pas; il n'y a plus rien à faire!

—Qu'est-il arrivé? demanda Sérébrany plein d'angoisse.

—Tout est fini, seigneur, Dieu n'a pas voulu nous donner le bonheur.

Sérébrany sauta à bas de son cheval.—Parle, dit-il, qu'est-il arrivé à Hélène?

Le vieillard se taisait.—Mais qu'est-il donc arrivé? reprit Sérébrany, pâle de terreur.

—Il n'y a plus d'Hélène, dit tristement Michée, il y a la sœur Eudoxie.

Sérébrany chancela et s'appuya sur un arbre pour ne pas tomber. Michée le regardait d'un air sombre et désespéré.

—Il n'y a plus rien à faire, la volonté de Dieu s'est accomplie! Il paraît que nous ne sommes pas nés sous une heureuse étoile.

—Raconte-moi tout, dit Sérébrany, en se raidissant contre son malheur, ne me ménage pas. Quand a-t-elle pris le voile?

—Lorsqu'elle a reçu la nouvelle du supplice de Morozof, lorsqu'on a reçu au couvent la liste des suppliciés pour lesquels le Tzar exigeait des prières, la veille enfin du jour où je suis arrivé auprès d'elle.