Est-ce possible, pensa Hélène, c'est péché de se souvenir même du passé?
—Eh bien! dit-elle, je n'enlèverai pas mon kakochnik, seulement viens ici, ma Pacha, je te ferai une tresse comme celle que je portais autrefois.
Rougissante de plaisir, Pacha vint s'agenouiller devant sa maîtresse. Hélène lui délia les cheveux, les sépara en touffes égales et commença à tresser une de ces énormes tresses à la russe, composées de quatre-vingt dix fils. Il fallait pour cela une grande science. D'abord la tresse devait être très-lâche, afin qu'elle cachât toute la nuque, ensuite elle descendait sur le dos en se resserrant imperceptiblement. Hélène y mit beaucoup de talent; en entrelaçant les touffes de cheveux, elle y mêlait artistement des chapelets de perles.
Enfin la tresse fut terminée. La boyarine attacha à son extrémité un nœud de rubans à trois branches et y assujettit de riches bagues.
—C'est fini, Pacha, dit-elle, joyeuse de son travail; lève-toi et marche devant moi. Regardez, mesdemoiselles, cette tresse n'est-elle pas plus jolie qu'un kakochnik?
—Chaque chose à son temps, boyarine, répondirent-elles en riant. Voilà Dounia, par exemple, qui ne serait pas fâchée de porter un kakochnik.
—Finissez, moqueuses! répondit Dounia. Je consentirai peut-être à ne jamais défaire ma tresse; mais le sommelier du boyard pourrait en nommer plus d'une qui s'y résignerait moins aisément que moi.
Les jeunes filles éclatèrent de rire, quelques-unes se troublèrent et rougirent.
—Baisse-toi, Pacha, dit la boyarine, je vais encore ajouter un ruban… Mesdemoiselles, vous savez que c'est aujourd'hui la Saint-Jean, c'est aujourd'hui que les naïades font leurs tresses!
—Ce n'est pas aujourd'hui, boyarine, mais le jour de la Pentecôte, que les naïades font leurs tresses. Le jour de la Saint-Jean, elles courent les cheveux épars et trompent les gens qui veulent enlever la fleur de la fougère.