—Que Dieu nous en préserve! dit Pacha.
—Tu as donc peur des naïades, Pacha?
—Et comment ne pas en avoir peur! aujourd'hui il est aussi dangereux d'aller dans les bois que le jour de la Pentecôte ou pendant la semaine des naïades. On dit qu'elles torturent les jeunes filles ou font perdre la mémoire aux jeunes gens…
—Tu parles de ce que tu ne connais pas, interrompit une autre jeune fille. Quelles naïades y a-t-il à Moscou? Il n'y en a pas. Mais en Ukraine, là c'est une autre affaire; qui les voit est perdu. On raconte que plus d'un bon jeune homme y a laissé la raison. Il suffit de les avoir vues une seule fois pour mourir de chagrin; si l'homme est marié il abandonne sa femme et ses enfants; s'il est garçon, il oublie celle qu'il devait épouser.
Hélène devint pensive.
—Mesdemoiselles, dit-elle après un moment de silence, y a-t-il des naïades en Lithuanie?
—C'est précisément leur pays; en Ukraine, en Lithuanie, c'est tout un.
Hélène soupira. En cet instant, on entendit le pas d'un cheval, et le chapeau blanc de Sérébrany apparut au-dessus de la palissade.
En voyant un homme, Hélène voulut se cacher; mais ayant jeté un regard sur le cavalier, elle resta aussitôt comme pétrifiée. Le prince, de son côté, arrêta son cheval. Il ne pouvait en croire ses yeux. Mille pensées contradictoires se pressaient en un instant dans sa tête. Il voyait devant lui Hélène, la fille de Pléchéef, celle qui lui avait donné sa foi cinq ans auparavant. Mais par quel hasard se trouvait-elle dans le jardin du boyard Morozof? Ce fut seulement alors que Sérébrany remarqua le kakochnik de perles d'Hélène, et il devint pâle. Elle était mariée!
Est-ce que je rêve? dit-il, en ne pouvant détacher d'elle un regard fixe, presque insensé,—est-ce un songe?