Maxime restait silencieux. Maliouta s'efforça de donner à son visage l'expression la plus tendre.

—Ne m'aimes-tu pas un peu, mon petit Maxime? Rien dans ton cœur ne parle-t-il pour moi?

—Rien, père.

Maliouta refoula sa fureur.

—Et le Tzar, que dira-t-il, quand il apprendra ton départ, quand il croira que tu le fuis?

—Je le fuis aussi, père. L'épouvante s'empare de moi, je sais que Dieu ordonne de l'aimer et pourtant, quand j'examine parfois quelques-uns de ses actes, tout en moi se révolte. Je voudrais l'aimer, mais je ne le puis. Lorsque j'aurai quitté la Sloboda, je n'aurai plus devant les yeux le sang innocent; alors, si Dieu le permet, je pourrai de nouveau l'aimer et, si je ne puis l'aimer, je saurai du moins le servir, mais les opritchniks, jamais!

—Et que deviendra ta mère? dit Maliouta, ayant recours à ce dernier moyen,—elle ne supportera pas un pareil chagrin; tu la tueras. Pense à l'état maladif où elle se trouve, la pauvre colombe!

—Dieu miséricordieux n'abandonnera pas ma mère, répondit Maxime en soupirant. Elle me pardonnera.

Maliouta se mit à arpenter la salle à grands pas.

Quand il s'arrêta devant Maxime, l'expression caressante qu'il avait forcé ses traits à exprimer, avait complétement disparu. Sur son visage n'apparaissait plus qu'une volonté inflexible.