—Lève-toi, Ivan! dit Onoufrevna; je t'aiderai, il y a longtemps que je t'attends ici. Entrons, Ivan, nous prierons ensemble!

Deux opritchniks soulevèrent le Tzar. Il entra dans l'église.

De nouvelles processions, également composées de soutanes noires et de grandes mitres, couraient dans les rues avec leurs torches enflammées. Les portes du temple engloutissaient toujours de nouveaux opritchniks que les grandes images des saints regardaient d'un air indigné du haut des murailles et des corniches.

Au milieu de la nuit, jusque-là silencieuse, retentirent plusieurs centaines de voix et on entendit au loin le son des cloches et le chant des psaumes.

Les prisonniers dans leurs cachots tressaillirent et se mirent à écouter.

—C'est le Tzar qui va à matines! dirent-ils, mon Dieu! adoucissez son cœur, faites pénétrer la miséricorde dans son âme!

Les petits enfants dans les maisons de la Sloboda dormant près de leurs mères s'éveillèrent effrayés et se mirent à pleurer. Une de ces mères ne pouvait pas apaiser son nourrisson.—Tais-toi, dit-elle enfin, tais-toi, Maliouta va passer.

Au nom de Maliouta, l'enfant cessa de pleurer; il se pressa avec effroi contre sa mère et au milieu du silence de la nuit on entendit de nouveau les psaumes des opritchniks et le tintement de la cloche.

CHAPITRE XII
CALOMNIE.

Le soleil se leva, mais il n'éclaira pas une matinée heureuse pour Maliouta. En rentrant chez lui, il ne retrouva pas son fils et il savait maintenant que c'était pour toujours que Maxime avait quitté la Sloboda. La fureur de Grégoire Skouratof était grande. Il avait envoyé des cavaliers de tous côtés à la poursuite du fugitif. Il avait fait mettre en prison les palefreniers dont le sommeil avait favorisé le départ de Maxime. Les sourcils froncés, les dents serrées, il suivait la rue, méditant s'il rendrait compte au Tzar de la fuite de Maxime ou s'il la lui cacherait.