—Il va sans dire que je vous connais, et beaucoup, lui dit le prince en souriant, d'un air qui prouva à Kitty, à sa grande joie, que son amie plaisait à son père.
—Où allez-vous si vite?
—Maman est ici, répondit la jeune fille en se tournant vers Kitty: elle n'a pas dormi de la nuit, et le docteur lui a conseillé de prendre l'air; je lui porte son ouvrage.
—Voilà donc l'ange n° 1,» dit le prince, quand Varinka se fut éloignée.
Kitty s'aperçut qu'il avait envie de la plaisanter sur son amie, mais qu'il était retenu par l'impression favorable qu'elle lui avait produite.
«Eh bien, nous allons tous les voir, les uns après les autres, tes amis, même Mme Stahl, si elle daigne me reconnaître.
—Tu la connais donc, papa? demanda Kitty avec crainte, en remarquant un éclair ironique dans les yeux de son père.
—J'ai connu son mari, et je l'ai un peu connue elle-même, avant qu'elle se fût enrôlée dans les piétistes.
—Qu'est-ce que ces piétistes, papa? demanda Kitty, inquiète de voir donner un nom à ce qui lui paraissait d'une si haute valeur en Mme Stahl.
—Je n'en sais trop rien; ce que je sais, c'est qu'elle remercie Dieu de tous les malheurs qui lui arrivent, y compris celui d'avoir perdu son mari, et cela tourne au comique quand on sait qu'ils vivaient fort mal ensemble…. Qui est-ce? Quelle pauvre figure!—demanda-t-il en voyant un malade, en redingote brune, avec un pantalon blanc formant d'étranges plis sur ses jambes amaigries; ce monsieur avait soulevé son chapeau de paille, et découvert un front élevé que la pression du chapeau avait rougi, et qu'entouraient de rares cheveux frisottants.