—Va, va, je te rejoins, dit Serge Ivanitch, hochant la tête en regardant son frère. Dépêche-toi,—ajouta-t-il en souriant, et il se mit à ranger ses livres pour aller le retrouver, égayé à l'aspect de l'entrain et de l'animation de Constantin.—Où étais-tu pendant la pluie?
—Quelle pluie? c'est à peine s'il est tombé quelques gouttes. Je reviens à l'instant. Ainsi, tu as bien passé la journée? C'est pour le mieux.» Et Levine alla s'habiller.
Peu après, les frères se retrouvèrent dans la salle à manger. Levine
croyait n'avoir pas faim, et ne se mit à table que pour ne pas offenser
Kousma; mais, une fois qu'il eut entamé son dîner, il le trouva excellent.
Serge Ivanitch le regardait en souriant.
«J'oubliais qu'il y a une lettre pour toi en bas, dit-il; Kousma, va la chercher, et fais attention de fermer ta porte.»
La lettre était d'Oblonsky; il écrivait de Pétersbourg. Constantin lut à haute voix:
«Je reçois une lettre de Dolly de la campagne; tout y va de travers. Toi qui sais tout, tu serais bien aimable d'aller la voir, et de l'aider de tes conseils. La pauvre femme est toute seule. Ma belle-mère est encore à l'étranger avec tout son monde.»
«J'irai certainement la voir, dit Levine. Tu devrais venir avec moi. C'est une si excellente femme, n'est-ce pas?
—Leur terre n'est pas loin d'ici?
—À une trentaine de verstes, peut-être à une quarantaine; mais la route est très bonne. Nous ferions cela rapidement.
—Avec plaisir, dit Serge en souriant, car la vue de son frère le disposait à la gaieté.—Quel appétit! ajouta-t-il en regardant ce cou et cette figure hâlés et rouges penchés sur l'assiette.