«En attendant, il faut répondre à Alexis». Et Betsy s'assit devant un bureau, et écrivit un mot qu'elle mit sous enveloppe, «Je lui écris de venir dîner, il me manque un cavalier pour une de mes dames; voyez donc si je suis assez impérative? Pardon de vous quitter un instant, j'ai un ordre à donner; cachetez et envoyez», lui dit-elle de la porte.
Sans hésiter un moment, Anna prit la place de Betsy au bureau, et ajouta ces lignes au billet: «J'ai absolument besoin de vous parler; venez au jardin Wrede, j'y serai à six heures». Elle ferma la lettre, que Betsy expédia en rentrant.
Les deux femmes eurent effectivement un cosy chat en prenant le thé; elles causèrent, en les jugeant, de celles qu'on attendait, et d'abord de Lise Merkalof.
«Elle est charmante et m'a toujours été sympathique, dit Anna.
—Vous lui devez bien cela: elle vous adore. Hier soir, après les courses, elle s'est approchée de moi, et a été désolée de ne plus vous trouver. Elle prétend que vous êtes une véritable héroïne de roman, et qu'elle ferait mille folies pour vous, si elle était homme. Strémof lui a dit qu'elle n'avait pas besoin d'être homme pour faire des folies.
—Mais expliquez-moi une chose que je n'ai jamais comprise,—dit Anna après un moment de silence, et d'un ton qui prouvait clairement qu'elle ne faisait pas simplement une question oiseuse:—Quels rapports y a-t-il entre elle et le prince Kalougof, celui qu'on appelle Michka? Je les ai rarement rencontrés ensemble. Qu'y a-t-il entre eux?»
Betsy sourit des yeux et regarda Anna attentivement.
«C'est un genre nouveau, répondit-elle. Toutes ces dames l'ont adopté en jetant leurs bonnets par-dessus les moulins: il y a manière de le jeter cependant.
—Oui, mais quels rapports y a-t-il entre elle et Kalougof?»
Betsy, ce qui lui arrivait rarement, partit d'un irrésistible accès de fou rire.