Levine se rembrunissait et se taisait.

«Eh bien, il est apparu peu après ton départ et, d'après ce qu'on dit, s'est épris de Kitty; tu comprends que la mère…

—Pardonne-moi, mais je ne comprends rien,—répondit Levine en s'assombrissant de plus en plus. La pensée de Nicolas lui revint aussitôt avec le remords d'avoir pu l'oublier.

—Attends donc, dit Stépane Arcadiévitch en lui touchant le bras tout en souriant: je t'ai dit ce que je savais, mais je répète que, selon moi, dans cette affaire délicate les chances sont pour toi.»

Levine pâlit et s'appuya au dossier de sa chaise.

«Pourquoi n'es-tu jamais venu chasser chez moi comme tu me l'avais promis?
Viens au printemps,» dit-il tout à coup.

Il se repentait maintenant du fond du coeur d'avoir entamé cette conversation avec Oblonsky; ses sentiments les plus intimes étaient blessés de ce qu'il venait d'apprendre sur les prétentions rivales d'un officier de Pétersbourg, aussi bien que des conseils et des suppositions de Stépane Arcadiévitch. Celui-ci comprit ce qui se passait dans l'âme de son ami et sourit.

«Je viendrai un jour ou l'autre; mais, vois-tu, frère, les femmes sont le ressort qui fait tout mouvoir en ce monde. Mon affaire à moi est mauvaise, très mauvaise, et tout cela à cause des femmes! Donne-moi franchement ton avis, continua-t-il en tenant un cigare d'une main et son verre de l'autre.

—Sur quoi veux-tu mon avis?

—Voici: Supposons que tu sois marié, que tu aimes ta femme, et que tu te sois laissé entraîner par une autre femme.