—Je n'en sais rien, je n'y ai jamais fait de séjour prolongé. Mais j'ai éprouvé un sentiment singulier, ajouta-t-il: jamais je n'ai tant regretté la campagne, la vraie campagne russe avec ses mougiks, que pendant l'hiver que j'ai passé à Nice avec ma mère. Vous savez que Nice est triste par elle-même.—Naples et Sorrente, au reste, ne doivent pas non plus être pris à haute dose. C'est là qu'on se rappelle le plus vivement la Russie, et surtout la campagne, on dirait que…»
Il parlait tantôt à Kitty, tantôt à Levine, portant son regard calme et bienveillant de l'un à l'autre, et disant ce qui lui passait par la tête.
La comtesse Nordstone ayant voulu placer son mot, il s'arrêta sans achever sa phrase, et l'écouta avec attention.
La conversation ne languit pas un instant, si bien que la vieille princesse n'eut aucun besoin de faire avancer ses grosses pièces, le service obligatoire et l'éducation classique, qu'elle tenait en réserve pour le cas de silence prolongé; la comtesse ne trouva même pas l'occasion de taquiner Levine.
Celui-ci voulait se mêler à la conversation générale et ne le pouvait pas; il se disait à chaque instant: «maintenant je puis partir», et cependant il restait comme s'il eût attendu quelque chose.
On parla de tables tournantes et d'esprits frappeurs, et la comtesse, qui croyait au spiritisme, se mit à raconter les merveilles dont elle avait été témoin.
«Comtesse, au nom du ciel, faites-moi voir cela! Jamais je ne suis parvenu à rien voir d'extraordinaire, quelque bonne volonté que j'y mette, dit en souriant Wronsky.
—Fort bien, ce sera pour samedi prochain, répondit la comtesse; mais vous,
Constantin-Dmitritch, y croyez-vous? demanda-t-elle à Levine.
—Pourquoi me demandez-vous cela, vous savez bien ce que je répondrai.
—Parce que je voudrais entendre votre opinion.