«Kitty, que se passe-t-il?» dit la comtesse Nordstone, qui s'était approchée d'elle sans qu'elle entendit ses pas sur le tapis.
Les lèvres de Kitty tressaillirent, elle se leva vivement.
«Kitty, tu ne danses pas le cotillon?
Non, non, répondit-elle d'une voix tremblante.
—Il l'a invitée devant moi, dit la Nordstone, sachant bien que Kitty comprenait de qui il s'agissait. Elle lui a répondu: «Vous ne dansez donc pas avec la princesse Cherbatzky?»
—Tout cela m'est égal!» répondit Kitty.
Elle était seule à savoir que, la veille, un homme qu'elle aimait peut-être avait été sacrifié par elle à cet ingrat.
La comtesse alla chercher Korsunsky, avec lequel elle devait danser le cotillon, et l'engagea à inviter Kitty.
Par bonheur pour Kitty, elle ne fut pas obligée de causer, son cavalier, en sa qualité de directeur, passant son temps à courir de l'un à l'autre et à organiser des figures; Wronsky et Anna dansaient presque vis-à-vis d'elle; Kitty les voyait tantôt de loin, tantôt de près, quand leur tour de danser revenait, et plus elle les regardait, plus elle sentait son malheur consommé. Ils étaient seuls, malgré la foule, et sur le visage de Wronsky, d'habitude si impassible, Kitty remarqua cette expression frappante d'humilité et de crainte qui fait penser à un chien intelligent quand il se sent coupable.
Anna souriait, il répondait à son sourire; semblait-elle réfléchir, il devenait sérieux. Une force presque surnaturelle attirait les regards de Kitty sur Anna. Elle était séduisante avec sa robe noire, ses beaux bras couverts de bracelets, son cou élégant entouré de perles, ses cheveux noirs frisés et un peu en désordre. Les mouvements légers et gracieux de ses petits pieds, son beau visage animé, tout en elle était attrayant; mais ce charme avait quelque chose de terrible et de cruel.