Au même moment, la porte mystérieuse qui s'était si souvent ouverte et refermée avec précaution pendant cette longue nuit s'ouvrit avec fracas, et livra passage à la seconde des nièces, qui, les mains jointes, affolée de terreur, se précipita au milieu d'eux:

«Que faites-vous, balbutia-t-elle avec désespoir; il se meurt, et vous m'abandonnez toute seule!»

Catiche laissa échapper le portefeuille; la princesse Droubetzkoï, se penchant vivement, le ramassa et s'enfuit.

Le prince Basile et la princesse Catiche, une fois revenus de leur stupeur, la suivirent dans la chambre à coucher. Catiche reparut bientôt; sa figure était pâle, sa physionomie dure et sa lèvre inférieure fortement pincée. À la vue de Pierre, ses sentiments de malveillance éclatèrent:

«Oui, jouez votre comédie, jouez-la.... Vous vous y attendiez!...»

Ses sanglots l'arrêtèrent, et elle s'éloigna en se cachant la figure.

Le prince Basile revint à son tour. À peine avait-il atteint le canapé occupé par Pierre, qu'il s'y laissa tomber comme s'il allait se trouver mal; il était livide, sa mâchoire tremblait, ses dents claquaient comme s'il avait la fièvre.

«Ah! mon ami,» dit-il en saisissant les bras de Pierre.

Pierre fut frappé de la sincérité de son accent et de la faiblesse de sa voix: c'était chose nouvelle pour lui!

«Nous péchons, nous trompons, et tout cela pourquoi? J'ai dépassé la soixantaine, mon ami.... Oui, tout finit par la mort, la mort, quelle terreur!...»