«Qui court là-bas au milieu du pont? Eh! junker, arrière, s'écria-t-il en colère, et, s'adressant à Denissow qui, par fanfaronnade, s'était avancé à cheval sur le pont:

—Pourquoi vous risquer ainsi, capitaine? Descendez de cheval!»

Denissow, se retournant sur sa selle, murmura:

«Hein! celui-là trouve toujours à redire à tout.»

Pendant ce temps, Nesvitsky, Gerkow et l'officier d'état-major, placés hors de portée du tir de l'ennemi, observaient tantôt ce petit groupe d'hommes en vestes à brandebourgs, d'un vert foncé, en shakos jaunes, en pantalons gros bleu, qui s'agitaient près du pont, et tantôt, de l'autre côté, les capotes bleues qui s'avançaient, suivies de chevaux, qu'on reconnaissait facilement pour les chevaux de l'artillerie.

Brûleront-ils ou ne brûleront-ils pas le pont? Qui arrivera les premiers, eux, ou les Français qui les mitraillent? Chacun, dans cette masse énorme de troupes réunies sur un même point, s'adressait involontairement cette question, en présence des péripéties de cette scène éclairée par le soleil couchant.

«Oh! dit Nesvitsky, ils seront frottés, les hussards! ils sont maintenant à portée des canons!

—Il a pris trop de monde avec lui, dit l'officier d'état-major.

—C'est vrai, reprit Nesvitsky. Deux braves auraient fait l'affaire.

—Oh! Excellence, Excellence,» dit Gerkow, sans quitter des yeux les hussards.