Il avait toujours cet air naïf et railleur qui faisait qu'on se demandait s'il était réellement sérieux....
«Quelle idée! Envoyer deux braves, mais alors qui nous donnerait le Vladimir, avec la rosette à la boutonnière?... Eh bien qu'on les frotte, mais au moins l'escadron sera présenté et chacun peut espérer une décoration: notre colonel sait ce qu'il fait.
—Voilà la mitraille!» dit l'officier, en désignant du doigt les pièces ennemies qu'on enlevait des avant-trains.
Un panache de fumée s'éleva, puis un second et un troisième presque en même temps, et, au moment où le bruit du premier coup traversait l'espace, le quatrième fut visible.
«Oh!» s'écria Nesvitsky comme frappé par une douleur aiguë.
Et il saisit la main de l'officier:
«Voyez, il en est tombé, il en est tombé un!...
—Deux, il me semble?
—Si j'étais souverain, je ne ferais jamais la guerre,» dit Nesvitsky en se détournant.
Les canons français se rechargeaient vivement, et de nouveau la fumée se montra sur plusieurs points. L'infanterie, en capotes bleues courut vers le pont, que couvrit, en crépitant sur ses planches, une pluie de mitraille. Mais cette fois, Nesvitsky ne voyait plus rien. Une épaisse fumée s'élevait en rideau, les hussards avaient réussi à mettre le feu, et les batteries françaises tiraient, non plus pour les en empêcher, mais parce que les canons étaient chargés et qu'il n'y avait plus sur qui tirer.