Corbeau essaya de se relever, mais il retomba de tout son poids sur son cavalier; des flots de sang coulaient de sa tête et il se débattait dans de vains efforts. Rostow, cherchant à se remettre sur ses pieds, retomba à son tour, sa sabretache s'accrocha à la selle:

«Où sont les nôtres? où sont les Français?...»

Il n'en savait rien.... Il n'y avait personne.

Étant parvenu à se dégager de dessous son cheval, il se releva. Où donc se trouvait à présent cette ligne qui séparait si nettement les deux armées?

«Ne m'est-il pas arrivé quelque chose de grave? Cela se passe-t-il toujours ainsi, et que dois-je faire à présent?...»

Il sentit un poids étrange peser sur son bras gauche engourdi. Son poignet semblait ne plus lui appartenir, et pourtant aucune trace de sang ne se voyait sur sa main:

«Ah! voilà enfin des hommes, ils vont m'aider,» pensa-t-il avec joie. Le premier de ceux qui accouraient vers lui, hâlé, bronzé, avec un nez crochu, vêtu d'une capote gros bleu, portait un shako de forme étrange; l'un d'eux prononça quelques mots dans une langue qui n'était pas du russe. D'autres, habillés de même façon, conduisaient un hussard de son régiment.

«C'est, sans doute un prisonnier.... Mais va-t-on me prendre aussi? se dit Rostow, qui n'en croyait pas ses yeux. Sont-ce des Français?»

Il examinait les survenants, et, malgré sa récente bravoure qui les voulait tous exterminer, ce voisinage le glaçait d'effroi.

«Où vont-ils?... Est-ce à moi qu'ils en veulent?... Me tueront-ils?... Pourquoi? Moi que tout le monde aime?...»