Le prince Hippolyte se rapprocha de la petite princesse et, se penchant au-dessus d'elle, lui parla de très près en chuchotant.
Deux laquais, le sien et celui de la princesse, l'un tenant un surtout d'officier, l'autre un châle, attendaient qu'il eût fini ce bavardage en français, qu'ils semblaient écouter, tout inintelligible qu'il fût pour eux, et même comprendre, sans vouloir le laisser paraître.
La petite princesse parlait, souriait et riait tout à la fois.
«Je suis enchanté de n'être pas allé chez l'ambassadeur, disait le prince Hippolyte. Quel ennui! Charmante soirée, n'est-il pas vrai? Charmante!
—On assure que le bal de ce soir sera très beau, repartit la princesse en retroussant sa petite lèvre au fin duvet; toutes les jolies femmes de la société y seront.
—Pas toutes, puisque vous n'y serez pas,» ajouta-t-il en riant. Et s'emparant du châle que présentait le valet de pied, il le poussa de côté pour envelopper la princesse. Ses mains s'attardèrent assez longtemps autour du cou de la jeune femme, qu'il avait l'air d'embrasser (était-ce intention ou gaucherie? personne n'aurait pu le deviner). Elle recula gracieusement, en continuant à sourire, se détourna et regarda son mari, dont les yeux étaient fermés et qui avait l'air fatigué et endormi.
«Êtes-vous prête?» dit-il à sa femme en lui glissant un regard.
Le prince Hippolyte endossa prestement son surtout, qui, étant à la dernière mode, lui descendait plus bas que les talons, et, tout en s'embarrassant dans ses plis, il se précipita sur le perron pour aider la princesse à monter en voiture.
«Au revoir, princesse!» cria-t-il, la langue aussi embarrassée que les pieds.
La princesse relevait sa robe et s'asseyait dans le fond obscur de la voiture; son mari arrangeait son sabre.