Le prince Hippolyte, qui faisait semblant de les aider, ne faisait en réalité que les gêner.

«Pardon, monsieur, dit le prince André d'un ton sec et désagréable, en s'adressant en russe au jeune homme qui l'empêchait de passer.—Pierre, viens-tu, je t'attends,» reprit-il affectueusement.

Le postillon partit, et le carrosse s'ébranla avec un bruit de roues[7].

Le prince Hippolyte, resté sur le perron, riait d'un rire nerveux en attendant le vicomte, à qui il avait promis de le reconduire.

«Eh bien, mon cher, votre petite princesse est très bien, très bien, dit le vicomte en se mettant en voiture, très bien, ma foi!...» Et il baisa le bout de ses doigts.

Hippolyte se rengorgea en riant.

«Savez-vous que vous êtes terrible avec votre petit air innocent? Je plains le pauvre mari, ce petit officier qui se donne des airs de prince régnant.»

Hippolyte balbutia en riant aux éclats: «Et vous disiez que les dames russes ne valaient pas les Françaises: il ne s'agit que de savoir s'y prendre.»

VI

Pierre, arrivé le premier, entra tout droit dans le cabinet du prince André, en habitué de la maison; après s'être étendu sur le canapé, comme il en avait l'habitude, il prit un livre au hasard,—c'était ce jour-là les Commentaires de César,—et, s'accoudant aussitôt, il l'ouvrit au beau milieu.