—Voyons, mon père, sans plaisanterie, elle est tout simplement monstrueuse? dit Anatole, en reprenant un sujet qu'il avait plus d'une fois abordé pendant le voyage.
—Pas de folies, je t'en prie, fais ton possible, et c'est là le principal, pour être respectueux et convenable envers le vieux.
—S'il me décoche des choses par trop désagréables, je m'en irai, je vous en avertis; je les déteste, ces vieux!
—N'oublie pas que tout dépend de toi.»
En attendant, on connaissait déjà, du côté des femmes, non seulement l'arrivée du ministre et de son fils, mais les moindres détails sur leurs personnes. La princesse Marie, seule dans sa chambre, faisait d'inutiles efforts pour surmonter son émotion intérieure:
«Pourquoi ont-ils écrit? Pourquoi Lise m'en a-t-elle parlé? C'est impossible, je le sens!...»
Et elle ajoutait, en se regardant dans la glace:
«Comment ferai-je mon entrée dans le salon? Je ne pourrai jamais être moi-même, même s'il me plaît?»
Et la pensée de son père la remplissait de terreur. Macha avait déjà raconté à la petite princesse et à Mlle Bourrienne comment ce beau garçon, au visage vermeil et aux sourcils noirs, s'était élancé sur l'escalier comme un aigle, enjambant trois marches à la fois, tandis que le vieux papa traînait lourdement, clopin-clopant, un pied après l'autre.
«Ils sont arrivés, Marie, le savez-vous?» lui dit sa belle-sœur, en entrant chez elle avec Mlle Bourrienne.