Le vieux prince, ce matin-là, se montra plein de bienveillance et d'aménité pour sa fille; elle connaissait depuis longtemps cette façon d'agir, qui n'empêchait pas ses mains sèches de se crisper de colère contre elle pour un problème d'arithmétique qu'elle ne saisissait pas assez vite, et qui le poussait à se lever, à s'éloigner d'elle et à répéter à plusieurs reprises les mêmes paroles d'une voix sourde et contenue.

Il entama le sujet qui le préoccupait, sans la tutoyer:

«On m'a fait une proposition qui vous concerne, lui dit-il en souriant d'un sourire forcé; vous aurez probablement deviné que le prince Basile n'a pas amené ici son élève (c'est ainsi qu'il appelait Anatole, sans trop savoir pourquoi) pour mes beaux yeux; vous connaissez mes principes: c'est pour cela que je vous parle en ce moment.

—Comment dois-je vous comprendre, mon père? dit la princesse, pâlissant et rougissant tour à tour.

—Comment comprendre? s'écria le vieux en s'échauffant. Le prince Basile te trouve à son goût comme belle-fille et il te fait la proposition au nom de son élève: c'est clair! Comment comprendre? c'est à toi que je le demande.

—Je ne sais pas, mon père, ce que vous... murmura la princesse.

—Moi, moi, je n'ai rien à y voir, laissez-moi donc de côté, ce n'est pas moi qui me marie!... Que voulez-vous?... c'est là ce qu'il me serait agréable d'apprendre?»

La princesse devina que son père ne voyait pas ce mariage d'un bon œil, mais elle se dit aussitôt que c'était le moment ou jamais de décider de son sort. Elle baissa les yeux pour ne pas voir ce regard qui lui ôtait toute faculté de penser et devant lequel elle était habituée à plier:

«Je ne désire qu'une chose: agir selon votre volonté, mais s'il m'était permis d'exprimer mon désir....

—Parfait! s'écria le prince en l'interrompant: il te prendra avec la dot et il y accrochera Mlle Bourrienne; c'est elle qui sera sa femme, et toi...»