Le prince Basile, assis les jambes croisées, et tenant une tabatière dans sa main, simulait un profond attendrissement, qu'il paraissait s'efforcer de cacher sous un rire ému. À l'entrée de la princesse Marie, aspirant à la hâte une petite prise, il lui saisit les deux mains:
«Ah! ma bonne, ma bonne, le sort de mon fils est entre vos mains. Décidez, ma bonne, ma chère, ma douce Marie, que j'ai toujours aimée comme ma fille.»
Il se détourna, car une larme venait en effet de poindre dans ses yeux.
«Frr.... Frr...! Au nom de son élève et fils, le prince te demande si tu veux, oui ou non, devenir la femme du prince Anatole Kouraguine? Oui ou non, dis-le, s'écria-t-il; je me réserve ensuite le droit de faire connaître mon opinion... oui, mon opinion, rien que mon opinion, ajouta-t-il en répondant au regard suppliant du prince Basile.... Eh bien! oui ou non?
—Mon désir, mon père, est de ne jamais vous quitter, de ne jamais séparer mon existence de la vôtre. Je ne veux pas me marier, répondit la princesse Marie, en adressant un regard résolu de ses beaux yeux au prince Basile et à son père.
—Folies, bêtises, bêtises, bêtises!» s'écria le vieux prince, en attirant sa fille à lui, et en lui serrant la main avec une telle violence, qu'elle cria de douleur.
Le prince Basile se leva.
«Ma chère Marie, c'est un moment que je n'oublierai jamais; mais dites-moi, ne nous donnerez-vous pas un peu d'espérance? Ne pourra-t-il toucher votre cœur si bon, si généreux? Je ne vous demande qu'un seul mot: peut-être?
—Prince, j'ai dit ce que mon cœur m'a dicté, je vous remercie de l'honneur que vous m'avez fait, mais je ne serai jamais la femme de votre fils!
—Voilà qui est terminé, mon cher; très content de te voir, très content. Retourne chez toi, princesse.... Très content, très content,» répéta le vieux prince, en embrassant le prince Basile.