Atteignant enfin notre infanterie de la garde, il se trouva au milieu des boulets, qu'il devina plutôt qu'il ne les entendit, en voyant les figures inquiètes des soldats et l'expression grave et plus contenue des officiers.
Une voix, celle de Boris, lui cria tout à coup:
«Rostow! Qu'en dis-tu? nous voilà aux premières loges! Notre régiment a été rudement engagé!»
Et il souriait de cet heureux sourire de la jeunesse, qui vient le recevoir le baptême du feu. Rostow s'arrêta:
«Eh bien! et quoi?
—Repoussés!» répondit Boris, devenu bavard.
Et là-dessus il lui raconta comment la garde, voyant des troupes devant elle et les ayant prises pour des Autrichiens, le sifflement des boulets leur avait prouvé bientôt qu'ils formaient la première ligne et qu'ils devaient attaquer.
«Où vas-tu? lui demanda Boris.
—Trouver le commandant en chef.
—Le voilà! lui répondit Boris en lui indiquant le grand-duc Constantin à cent pas d'eux, en uniforme de chevalier-garde, la tête dans les épaules, les sourcils froncés, criant et gesticulant contre un officier autrichien, blanc et blême.