«Sais-tu que tu es devenu un homme, un véritable homme?... et je suis si fière de t'avoir pour frère!» Elle lui passa les doigts sur la moustache. «Je voudrais bien savoir comment vous êtes, vous autres hommes.... Est-ce que vous nous ressemblez? Non, n'est-ce pas?
—Pourquoi Sonia s'est-elle sauvée? lui demanda son frère.
—Oh! c'est toute une histoire. Comment parleras-tu à Sonia? La tutoieras-tu?
—Mais je ne sais pas, comme cela viendra.
—Eh bien, alors, dis-lui: «vous,» je t'en prie, et tu sauras après pourquoi.
—Mais pourquoi?
—Eh bien, je vais te le dire: Sonia est mon amie, et une si grande amie, que j'ai brûlé mon bras pour elle,—et, relevant sa manche de mousseline, elle laissa voir sur son bras blanc et mince, un peu plus bas que l'épaule, à l'endroit couvert ordinairement par le haut des manches, une tache rouge.
—C'est moi qui me suis brûlée pour lui prouver mon amour. J'ai pris une règle rougie au feu et me la suis appliquée là!»
Étendu sur le canapé, garni de coussins, de leur chambre d'étude, regardant les yeux brillants de Natacha, Rostow s'enfonçait de nouveau avec bonheur dans ce monde enfantin, dans ce monde intime de la famille, dont les propos n'avaient de sens et de valeur que pour lui, et lui faisaient éprouver une des plus douces jouissances de sa vie; aussi la brûlure du bras, comme témoignage d'affection, lui parut-elle toute simple: il le comprenait sans s'en étonner.
«Et bien, et après? c'est tout?