—Nous sommes si liées, si liées, que ceci n'est rien... ce ne sont que des folies... nous sommes amies pour toujours! Quand elle aime quelqu'un, c'est pour la vie; quant à moi, je ne la comprends pas, j'oublie tout de suite.

—Eh bien, et puis?

—Eh bien, elle t'aime comme elle m'aime!» Natacha rougit.—Tu dois te rappeler, tu sais, avant ton départ.... Eh bien, elle assure que tu oublieras tout cela.... Et elle dit: «Je l'aimerai, moi, toujours; mais lui il faut qu'il soit libre!» N'est-ce pas que c'est beau et que c'est noble, bien noble, n'est-ce pas?»

Et Natacha demandait cela avec un tel sérieux et avec une telle émotion, qu'on voyait bien qu'elle devait s'être attendrie plus d'une fois déjà sur ce sujet. Rostow réfléchit quelques secondes.

«Je ne reprends pas ma parole, dit-il. Et puis, Sonia est si ravissante, qu'il faudrait être un triple imbécile pour refuser un honneur pareil....

—Non, non, s'écria Natacha. Nous en avons déjà parlé. Nous étions sûres, vois-tu, que tu répondrais ainsi. Mais cela ne se peut pas, parce que, comprends-le bien, si tu te regardes seulement comme lié par ta parole, il en résulte qu'elle a l'air de l'avoir dit exprès.... Tu l'épouseras alors par point d'honneur, et ce ne sera plus du tout la même chose.»

Rostow ne trouva rien à redire: Sonia l'avait frappé la veille par sa beauté, et ce matin elle lui avait semblé encore plus jolie. Elle avait seize ans, elle l'aimait avec passion, et il en était sûr! Pourquoi ne pas l'aimer dès lors, même en ajournant toute idée de mariage? «J'ai encore tant de plaisirs et de jouissances inconnues devant moi! se disait-il. Oui, c'est très bien combiné, il ne faut pas s'engager.»

«C'est parfait, nous en causerons plus tard, dit-il à haute voix.... Mais comme je suis content de te revoir! et toi, es-tu restée fidèle à Boris?

—Ah! quelle folie! s'écria Natacha en riant. Je ne pense, ni à lui, ni à personne, et je n'en veux rien savoir.

—Bravo! mais alors....