«Oui, mon père, une grande grâce s'est révélée à Koliasine!
—Quoi donc? de nouvelles reliques? demanda le prince André.
—Voyons, André!... Ne lui raconte rien, Pélaguéïouchka.
—Mais pourquoi donc, ma bonne mère, ne pas le lui raconter? Je l'aime, il est bon, c'est un élu de Dieu, c'est mon bienfaiteur.... Je n'ai pas oublié, vois-tu, qu'il m'a donné dix roubles. Comme j'étais à Kiew, Kirioucha me dit, Kirioucha, vous savez bien, l'innocent, un véritable homme de Dieu, qui marche nu-pieds été et hiver, Kirioucha me dit: «Pourquoi erres-tu en pays étranger? Va à Koliasine, une image miraculeuse de notre sainte mère la Vierge s'y est montrée.» Alors j'ai dit adieu aux saints, et j'y suis allée!... Et arrivée là, poursuivit la vieille d'un ton monotone, ceux que je rencontrais me disaient: «Nous possédons une grande grâce: l'huile sainte découle de la joue de notre sainte mère la Vierge....
—C'est bon, c'est bon, dit la princesse Marie en rougissant, tu raconteras cela une autre fois.
—Permettez-moi, dit Pierre, de lui adresser une question. Tu l'as vu de tes propres yeux?
—Certainement, mon père, certainement, j'ai été trouvée digne de cette grâce: le visage était tout resplendissant d'une lumière céleste, et l'huile dégouttait, dégouttait, de la joue.
—Mais c'est une supercherie! objecta Pierre, qui l'avait écoutée avec attention.
—Ah, notre père, que dis-tu là? s'écria avec terreur Pélaguéïouchka, en se tournant vers la princesse Marie, comme pour l'appeler à son secours.
—C'est ainsi qu'on trompe le peuple, poursuivit-il.