—Seigneur Jésus! s'écria la pèlerine en se signant. Oh! ne répète pas cela, mon père. Je connais un «Général» qui ne croyait pas, et qui disait: «Ce sont les moines qui trompent!» Oui, il l'a dit, et il est devenu aveugle!... Et alors il a rêvé, et il a vu notre sainte Vierge de Petchersk, qui lui a dit: «Crois en moi et je te guérirai!».... Et alors il a prié, supplié: «Menez-moi, menez-moi à elle!».... Je te raconte la sainte vérité, car je l'ai vu, lorsqu'on l'a amené aveugle et lorsqu'il s'est jeté devant elle en lui disant: «Guéris-moi et je te donnerai ce que j'ai reçu en cadeau du Tsar.» Je l'ai vu, et j'ai vu l'étoile qui y est incrustée, car elle lui a rendu la vue!... C'est péché de parler ainsi, et Dieu te punira.
—Quoi, quelle étoile? demanda Pierre.
—C'est sans doute qu'on a promu au grade de général notre sainte mère la Vierge,» dit le prince André en souriant.
Pélaguéïouchka pâlit, en joignant les mains avec désespoir.
«Dieu, Dieu, quel péché, et tu as un fils! dit-elle en devenant toute rouge, de pâle qu'elle était.... Qu'as-tu dit? Que Dieu te pardonne!» et elle se signa. «Ah! que Dieu lui pardonne,» ajouta-t-elle en s'adressant à la princesse Marie, et en rassemblant ses hardes pour s'en aller.
Elle était prête à pleurer, elle avait peur, elle avait honte de profiter des bienfaits d'une maison où on parlait ainsi, et peut-être en même temps regrettait-elle d'être obligée d'y renoncer.
«Quel plaisir avez-vous à les troubler dans leur foi? dit la princesse Marie. Pourquoi êtes-vous venus?
—Mais, princesse, c'est une plaisanterie que j'ai faite à Pélaguéïouchka! Princesse, ma parole, je n'ai pas voulu l'offenser. Ce n'est pas sérieux, je t'assure!»
Pélaguéïouchka s'arrêta d'un air incrédule, mais la sincérité du repentir qui se lisait sur les traits de Pierre et le regard affectueux du prince André l'apaisèrent peu à peu.