«Il est évident que Boris ne veut rien faire, se disait Nicolas, et tout est fini entre nous!... mais je ne m'en irai pas sans avoir tenté l'impossible pour Denissow. Il faut que sa lettre parvienne à l'Empereur... et l'Empereur est là!» ajoutait-il mentalement en se rapprochant sans le vouloir de la demeure impériale.

Deux chevaux tout sellés attendaient devant la porte: la suite se rassemblait pour escorter Alexandre.

«Je le verrai, mais comment lui remettrai-je moi-même la supplique? Comment lui dirai-je tout?... M'arrêterait-on par hasard à cause de mon habit civil?... Non! non! Il comprendra que c'est une injustice, car il comprend tout, lui.... Et si l'on m'arrête?... Après tout, le grand mal.... Ah! on se rassemble.... Eh bien, j'irai et je la remettrai: tant pis pour Droubetzkoï, qui m'y oblige!...»

Et avec une décision dont il ne se serait pas cru capable, il se dirigea vers l'entrée.

«Cette fois-ci, je ne laisserai pas échapper l'occasion comme à Austerlitz. Je tomberai à ses pieds, je le prierai, je le supplierai!» Son cœur battait avec violence à la pensée de le revoir: «Il m'écoutera, me relèvera, me remerciera! Il me dira: «Je suis heureux de pouvoir faire le bien et réparer les injustices!»...

Et il passa, sans faire la moindre attention aux regards curieusement dirigés sur lui.

Un large escalier montait du perron au premier étage; à droite était une porte fermée, et sous la voûte de l'escalier une autre porte, qui conduisait au rez-de-chaussée.

«Qui demandez-vous? lui dit-on.

—C'est une supplique à remettre à Sa Majesté, répondit Nicolas d'une voix tremblante.

—Veuillez alors passer de son côté.»