Boris se tut; sa mère en profita pour s'adresser au suisse d'un ton larmoyant: «Je sais que le comte est très mal, c'est pour cela que je suis venue; je suis sa parente, je ne le dérangerai pas... je veux seulement voir le prince Basile; je sais qu'il est ici; va, je te prie, nous annoncer.»

Le suisse tira avec humeur le cordon de la sonnette.

«La princesse Droubetzkoï se fait annoncer chez le prince Basile,» cria-t-il à un valet de chambre qui avançait sa tête sous la voûte de l'escalier.

La princesse arrangea les plis de sa robe de taffetas teint, en se regardant dans une grande glace de Venise encadrée dans le mur, et posa hardiment sa chaussure usée sur les marches tendues d'un riche tapis.

«Vous me l'avez promis, mon cher,» répéta-t-elle à son fils, en l'effleurant de la main pour l'encourager.

Boris la suivit tranquillement, les yeux baissés, et tous deux entrèrent dans la salle que l'on devait traverser pour arriver chez le prince Basile.

Au moment où ils allaient demander leur chemin à un vieux valet de chambre qui s'était levé à leur approche, une des nombreuses portes qui donnaient dans cette pièce s'ouvrit et laissa passer le prince Basile en douillette de velours fourrée et ornée d'une seule décoration, ce qui était ordinairement chez lui l'indice d'une toilette négligée. Le prince reconduisait un beau garçon à cheveux noirs. C'était le docteur Lorrain.

«Est-ce bien certain?

Errare humanum est, mon prince, répondit le docteur en grasseyant et en prononçant le latin à la française.

—C'est bien, c'est bien,» dit le prince Basile, qui, ayant remarqué la princesse Droubetzkoï et son fils, congédia le médecin en le saluant de la tête.