—Mais c'est Nicolas qui les a écrits, ces vers, et c'est moi qui ai copié les autres qu'elle a trouvés sur ma fable et qu'elle menace de montrer à maman.... Elle m'a dit que j'étais une ingrate, et que maman ne me permettrait jamais de l'épouser..., qu'il épouserait Julie Karaguine, et tu as bien vu comme il s'est occupé d'elle toute la journée; Natacha, pourquoi tout cela?...»
Et ses larmes recommencèrent de plus belle. Natacha l'attira à elle, l'embrassa, et la tranquillisa en lui souriant à travers ses pleurs.
«Sonia, il ne faut pas la croire. Souviens-toi de ce que nous disions à nous trois avec Nicolas, l'autre soir après le souper. Nous avons décidé d'avance comment tout se passerait; je ne me rappelle plus comment, mais je sais que cela devait être très bien et très possible. Le frère de l'oncle Schinchine a bien épousé sa cousine germaine, et nous ne sommes cousins qu'au troisième degré. Boris aussi disait que ce ne serait pas difficile, car je lui ai raconté tout cela, tu sais, et il est si intelligent, si bon! Ne pleure pas, Sonia, ma petite colombe, ma petite amie.!...»
Et elle la couvrait de baisers en riant.
«Véra est méchante, laissons-la tranquille, mais tout ira bien, et elle ne dira rien à maman. Nicolas l'annoncera lui-même et il ne pense pas à Julie...»
Puis elle lui donna encore un baiser, et Sonia se releva d'un bond, les yeux tout brillants de nouveau, de joie et d'espérance. C'était bien véritablement un charmant petit chat, qui semblait guetter le moment favorable pour retomber doucement sur ses pattes et s'élancer à la poursuite du peloton avec lequel, comme tous ceux de sa race, il savait si bien jouer.
«Tu le crois? bien vrai, tu le jures? dit-elle vivement, en réparant le désordre de sa robe et de sa coiffure.
—Je te le jure,» répliqua Natacha, en lui rattachant une boucle de cheveux échappée de ses longues nattes. «Eh bien, allons chanter la Source, s'écrièrent-elles en riant, allons!
—Sais-tu que ce gros Pierre, qui était en face de moi, est très drôle, dit tout à coup Natacha en s'arrêtant. Oh! que je m'amuse!...»
Et elle s'élança dans le corridor. Sonia secoua le duvet attaché à sa jupe, glissa les vers dans son corsage et la suivit à pas précipités, les joues tout en feu.