—Ah! mon Dieu, il y a des moments où j'aurais été prête à épouser n'importe qui, le premier venu, répondit, presque malgré elle, la pauvre fille, qui avait des larmes dans la voix.—Il est si dur, si dur d'aimer et de se sentir à charge à ceux qu'on aime, de leur causer de la peine, et de ne pouvoir y remédier; il ne reste plus alors qu'une chose à faire, les quitter.... Mais où puis-je aller?
—Mais, princesse, au nom du ciel, que dites-vous?
—Je ne sais ce que j'ai aujourd'hui, ajouta-t-elle en fondant en larmes.... N'y faites pas attention, je vous prie.»
La gaieté de Pierre s'évanouit: il la questionna affectueusement, en la suppliant de lui confier son secret, mais elle se borna à lui répéter que ce n'était rien, qu'elle avait oublié de quoi il s'agissait, et que son seul ennui était le prochain mariage de son frère, qui menaçait de brouiller le père et le fils.
«Que savez-vous des Rostow? continua-t-elle en changeant de sujet: on m'a assuré qu'ils allaient arriver.... André aussi est attendu de jour en jour. J'aurais voulu qu'ils se vissent ici.
—Comment envisage-t-il à présent la chose?» demanda Pierre, en faisant allusion au vieux prince.
La princesse Marie secoua tristement la tête: «Toujours de même, et il ne reste plus que quelques mois pour finir l'année d'épreuve; j'aurais désiré la voir de plus près.... Vous les connaissez de longue date? Eh bien! dites-moi franchement, la main sur le coeur, comment elle est et ce que vous en pensez... mais bien franchement, n'est-ce pas? André risque tant en agissant contre la volonté de son père, que j'aurais voulu savoir...»
Pierre crut entrevoir, dans cette insistance de la princesse à lui demander la vérité, rien que la vérité, une disposition malveillante à l'égard de la fiancée de son ami; il était évident que la princesse Marie attendait de lui un mot de blâme.
«Je ne sais comment répondre à votre question, dit-il en rougissant sans cause, et en lui faisant part sincèrement de ses impressions. Je n'ai pas analysé son caractère, et je ne sais pas ce qu'il vaut, mais je sais qu'elle est la séduction même: ne me demandez pas pourquoi, je ne saurais vous le dire.»
La princesse Marie soupira; ses craintes se confirmaient de plus en plus: