—Lui, c'est un fou, il ne veut rien entendre, mais à quoi bon en parler? Cette fillette en est déjà bien assez tourmentée. Mon conseil est donc de terminer au plus vite vos affaires, de retourner à Otradnoë, et d'y attendre....

—Non, non! s'écria Natacha.

—Si, si! répliqua Marie Dmitrievna. Il faut partir et attendre! Si ton fiancé était ici, une brouille serait inévitable, tandis que, seul avec le vieux, il parviendra à le retourner comme un gant, et il ira te chercher.»

Le comte comprit la sagesse de ce plan, et l'approuva. Si le vieillard devenait plus maniable, on pourrait toujours revenir à Moscou, ou aller à Lissy-Gory; dans le cas contraire, s'il persistait à refuser son consentement, le mariage ne pouvait avoir lieu qu'à Otradnoë.

«C'est parfaitement juste, et je regrette maintenant, continua-t-il, d'avoir mené Natacha chez eux.

—Il n'y a pas à le regretter, il aurait été difficile de ne pas lui donner ce témoignage de respect.... Il ne veut pas, c'est son affaire! Le trousseau est prêt, pourquoi attendre davantage? Je me charge de vous envoyer les objets en retard, je regrette de vous voir partir, mais cela vaut mieux: partez, et que Dieu vous garde!» Puis, tirant de son «ridicule» une lettre écrite par la princesse Marie, elle la remit à Natacha:

«C'est pour toi! La pauvrette s'inquiète. Elle craint que tu ne doutes de son affection.

—C'est vrai, elle ne m'aime pas, dit Natacha.

—Quelle folie! mais tais-toi donc! s'écria Marie Dmitrievna avec emportement.

—Je ne m'en rapporte à personne.... Je le sais, elle ne m'aime pas, repartit Natacha en prenant la lettre d'un air irrité et décidé, qui frappa Marie Dmitrievna: elle l'examina et fronça les sourcils.