Pétia, à qui on ne faisait nulle attention, s'approcha à ce moment de son père.
«Maintenant, dit-il d'un air intimidé et d'une voix tantôt rude et tantôt perçante: Papa et maman, je vous dirai que... c'est comme il vous plaira, mais... il faut absolument que vous me laissiez être militaire, parce que je ne puis pas, je... ne puis pas... voilà, c'est tout!...»
La comtesse leva les yeux au ciel avec épouvante, joignit les mains, et, se tournant vers son mari d'un air mécontent:
«Voilà; il s'est déboutonné!» dit-elle.
Le comte, dont l'émotion s'était subitement calmée:
«Oh! oh! dit-il, quelles folies! Un joli soldat, ma foi!... mais, avant tout, il faut apprendre!
—Ce ne sont pas des folies! poursuivit Pétia. Fédia Obolensky est plus jeune que moi et il se fait aussi militaire: quant à apprendre, je ne le pourrais pas maintenant, lorsque...—il s'arrêta, et ajouta, en rougissant jusqu'à la racine des cheveux:—lorsque la patrie est en danger!
—Voyons, voyons, assez de bêtises!
—Mais, papa, vous-même venez de dire que vous êtes prêt à tout sacrifier?
—Pétia, tais-toi,—s'écria le comte, en jetant un coup d'oeil inquiet à sa femme, qui, pâle et tremblante, regardait son fils cadet!