C'est ainsi que la princesse Marie comprit et apprécia sa conduite.
«Je vous suis bien reconnaissante, reprit-elle en français: j'espère encore n'être victime que d'un malentendu, et j'espère surtout que vous ne trouverez pas de coupables!» Et elle fondit en larmes: «Pardon!» dit-elle avec vivacité.
Rostow fit un geste pour cacher son émotion, et sortit après lui avoir adressé encore un profond salut.
XIV
«Eh bien, est-elle jolie? Oh! la mienne, mon cher, la rose, est ravissante!... on l'appelle Douniacha,» s'écria Iline en apercevant son ami; mais l'expression de sa figure le fit taire immédiatement. Il devina que son chef et son héros n'était pas d'humeur à plaisanter, car il en reçut un coup d'oeil irrité, et le vit s'éloigner rapidement dans la direction du village.
«Je leur en ferai voir, à ces brigands!» murmurait Rostow.
Alpatitch, allongeant le pas, le rejoignit enfin à grand'peine:
«Quelles sont les mesures que vous avez daigné prendre? lui demanda-t-il humblement.
—Quelles mesures, vieil imbécile? dit le hussard, en le menaçant de ses poings fermés. Qu'as-tu fait, toi? Les paysans se révoltent, et tu te bornes à les regarder, tu ne sais même pas te faire obéir! Tu es un traître.... Je vous connais tous, et tous je vous ferai écorcher vifs!»
Là-dessus, comme s'il eût craint d'épuiser la colère amassée dans son coeur, il continua brusquement sa route. Alpatitch, refoulant le sentiment d'une offense imméritée, se mit à le suivre, tant bien que mal; il lui communiquait en marchant ses réflexions sur les paysans révoltés, il cherchait à lui faire comprendre que, grâce à leur opiniâtre endurcissement, il serait dangereux et impolitique d'entrer en lutte ouverte avec eux sans le secours de la force armée, et que dès lors il serait préférable de la requérir.