«Au feu, au feu! s'écria-t-il. Une fois pour toutes, mon ami, jette toutes ces balivernes dans le poêle! Qu'on coupe le blé, qu'on brûle le bois tant qu'on voudra! Je ne l'ordonne, ni ne l'autorise mais il n'est en mon pouvoir ni de l'empêcher, ni d'indemniser les gens.... Lorsqu'on fend le bois, les copeaux volent... à la guerre comme à la guerre!»

Il parcourut encore une fois le rapport:

«Oh! dit-il, cette minutie allemande!»

II

«C'est tout, n'est-ce pas?» ajouta-t-il après avoir signé le dernier papier; alors, se levant avec effort, en redressant son gros cou tout plissé, il se dirigea vers la porte de la maison.

La femme du prêtre, rouge d'émotion, saisit à la hâte le plat sur lequel étaient le pain et le sel, et, faisant une profonde révérence, s'approcha de Koutouzow, qui cligna des yeux, lui caressa le menton et la remercia.

«La jolie femme! dit-il. Merci, merci, ma belle!»

Tirant de son gousset quelques pièces d'or qu'il déposa sur le plateau:

«Te trouves-tu bien ici?» lui demanda-t-il en entrant dans la chambre qui lui était préparée, et en précédant la maîtresse du logis toute souriante.

L'aide de camp engagea le prince André à déjeuner avec lui; une demi-heure plus tard, Koutouzow le fit demander. André le trouva étendu dans un fauteuil, l'uniforme déboutonné, lisant un roman français, les Chevaliers du Cygne, de Mme de Genlis.