—À l'amende! à l'amende! s'écria le milicien.
—Bien! bien! repartit Julie impatientée, on ne peut donc plus causer à présent... mais vous le savez, comte, vous le savez....
—Je ne sais rien, dit Pierre de plus en plus irrité.
—Et moi, je me rappelle fort bien que vous étiez au mieux avec Natacha, tandis que ma préférée a toujours été Véra, cette chère Véra!
—Non, madame, reprit Pierre sans changer de ton, je n'ai point assumé le rôle de chevalier de la comtesse Rostow: il y a un mois que je ne les ai vus.
—Qui s'excuse s'accuse,—répondit Julie en souriant et en jouant avec la charpie, mais elle changea aussitôt de sujet, afin d'avoir le dernier mot:—Devinez qui j'ai rencontré hier soir.... La pauvre Marie Bolkonsky! Elle a perdu son père, le saviez-vous?
—Non, vraiment, mais où demeure-t-elle? je serais heureux de la voir!
—Tout ce que je sais, c'est qu'elle part demain pour leur terre dans les environs, et qu'elle y emmène son neveu.
—Comment est-elle?
—Très affligée! Mais devineriez-vous qui l'a sauvée? c'est tout un roman!... Nicolas Rostow! On l'avait entourée, on allait la tuer après avoir blessé ses gens, lorsqu'il s'est jeté dans la mêlée et l'a tirée d'affaire!